Dave et le mystérieux canyon de Bremer Bay

Situé à environ 40 kilomètres au large de la petite ville côtière de Bremer Bay en Australie Occidentale, le canyon sous-marin de Bremer Bay est le théâtre, chaque année entre janvier et avril, d’une explosion de vie.

Le producteur de film animalier Dave Riggs est à l’origine de la découverte de cet incroyable endroit. Cependant, les raisons de l’explosion de vie que l’on peut y observer restent encore obscures.

Pour pouvoir continuer les observations en mer et espérer percer ce mystère, Dave fait partie de l’équipe de la Bremer Bay Canyon Expedition qui se rend tout les jours dans la zone du canyon, avec à leur bord du matériel sophistiqué pour la prise d’images et de sons, ainsi que des touristes, chanceux de pouvoir observer des créatures marines exceptionnelles et véritables témoins de ce programme de recherche.

Mais qu’est-ce qui peut donc attirer Orques, Cachalots, Grand Requin Blanc, Baleines à bec de Cuvier ou encore Albatros, …

Dave nous livre quelques éléments de réponse.

Plus d’infos sur :

– Le Canyon de Bremer Bay –
http://www.bremercanyon.com/ https://www.researchgate.net/publication/267949246_The_Bremer_Canyon_%27ocean_animal_hotspot%27_-seepage-induced_congregation

– Dave Riggs –
http://www.riggsaustralia.com/

– Naturaliste Charters et les Killer Whale Expeditions –
https://www.facebook.com/bremerbaycanyonkillerwhaleexpeditions/?ref=br_rs

– Pad’Blaz –
https://soundcloud.com/paddypadlaz

Séquences additionnelles

Bremer Bay Canyon Killer Whale Expeditions :https://www.facebook.com/bremerbaycanyonkillerwhaleexpeditions/?ref=br_rs

Dave Riggs :  https://www.facebook.com/riggsaustralia

Today Tonight  https://www.facebook.com/TodayTonight/videos/1336536006385852/

Smithsonian Channel :https://www.youtube.com/watch?v=Z_QyGANCUJI&t=1s

Bremer Bay Canyon Geology : https://www.youtube.com/watch?v=c07bUriVLZU https://pdfs.semanticscholar.org/23dc/6b7c7976ce4181d2a6739d8fbbeb775acb67.pdf


— Script en français —

Premières Observations

« J’ai d’abord commencé à travailler sur les thons rouges en 2005 à bord d’un bateau japonais. On menait une prospection de 18 jours entre Esperance et Albany, Bremer Bay étant situé à mi-chemin. Un de nos transect venait près du village de Bremer Bay. J’ai remarqué ici plus de vie qu’ailleurs, des fois des orques, des oiseaux, des poissons lunes, de nombreuses espèces d’animaux concentrées à cet endroit. 

Quelques années avant ces expéditions, j’ai travaillé avec le CSIRO sur leur programme de marquage de grands requins blancs (Carcharodon carcharias). Nous nous sommes rendus pas loin d’ici où un cachalot s’était échoué, attirant de nombreux prédateurs, notamment des requins blancs. Nous avons réussi à en marquer un avec un tag satellite. Trois mois plus tard, le tag a refait surface et nous avons immédiatement compris que le requin marqué a été mangé par « quelquechose » dont la température interne atteignait 27°C. »

Un mystérieux tag sur un Grand Requin Blanc

« Le tag avait enregistré une température de l’eau de 27°C à 580m de profondeur, ce qui est ridicule. C’est n’est pas possible. Les scientifiques du CSIRO à Hobart qui ont analysé les données satellitaires en ont conclu que le tag était défectueux. Et après 7 jours de transmission des données par satellite, la batterie du tag est tombée à plat, le tag était « mort ». Ils ont donc classé le dossier sans suite puisque pour accéder aux données complètes du tag, il aurait fallu le retrouver. 2 semaines après, un promeneur a trouvé le tag échoué sur la même plage où nous avions marqué le requin. Il l’a donc renvoyé aux scientifiques du CSIRO à Hobart et la première chose qu’ils ont relevé est que le tag était blanc. Il était pourtant censé être sur le dos d’un requin durant 3 mois, il aurait du être recouvert d’algues ! Il semblerait qu’il ait plutôt séjourné dans de l’acide gastrique.

En branchant le tag à leur ordinateur, ils se sont rendus compte qu’après avoir été marqué, le requin a nagé jusqu’à Ningaloo Reef à 1500 km au nord de Perth et à 300 miles marins au large pour intercepter la migration du thon rouge. De retour dans la région, il a été mangé par « quelquechose », qui a nagé vers la Grande Baie Australienne avant d’excréter le tag. Le tag a ensuite dérivé et s’est échoué sur cette même plage où nous avions marqué le requin ! Il aurait pu s’échouer n’importe où, mais on l’a retrouvé à seulement 4 miles de l’endroit du marquage, étrange ! »

La menace de l’industrie gazière

« J’ai ensuite remarqué la présence de l’industrie gazière et pétrolière menant des prospections dans la région. J’ai réussi à obtenir les données de leurs observateurs de mammifères marins, leurs observations corroboraient les miennes. J’ai ensuite obtenu leurs données sismiques m’apportant la preuve d’une quantité de ressources gazières exploitables et qu’une partie de ce gaz fuyait. Il me semble que les efflorescences de bactéries du genre Trichodesmium que l’on observe périodiquement prennent leurs nutriments de ces fuites d’hydrocarbures.

Nous nous sommes donc dit « Attends, s’ils exploitent ces sources d’hydrocarbures, ils peuvent provoquer l’effondrement total de cet écosystème. » J’ai ainsi reporté ces faits à un contact au sein du gouvernement australien sans n’avoir aucun retour. J’ai donc pensé que le dernier effort que je puisse faire pour attirer l’attention sur cet endroit est de produire un film, mais comment faire ? »

Comment la réalisation d’un film et les expéditions de Whale Watching participent à la protection de cet endroit

« Ces deux histoires mises bout à bout ont engendré ce film racontant le mystère d’un requin dévoré par un prédateur inconnu autour du canyon de Bremer Bay. Le film a eu un grand succès, nous poussant à en produire un deuxième pour Discovery Channel il y a 2 ans. Parallèlement au tournage, nous avons pu mener des expéditions en mer. Environ 3000 à 4000 personnes ont pu voir cet endroit et maintenant les industries gazières et pétrolières sont parties.

Nous observons bien d’autres animaux que les orques, nous nous intéressons au système dans son ensemble. Les orques sont le « gros ticket », ceux pourquoi les gens sont prêt à payer pour venir sur le bateau. Et grâce à leur argent, ils nous permettent de continuer à utiliser cette plateforme d’observation de l’écosystème tout entier, et de continuer à essayer de comprendre comment il marche et comment il est relié aux fuites d’hydrocarbures. »

Le canyon de Bremer Bay :  un cas classique d’Oceanographie

« Cette année nous avons mené des expéditions sur 100 jours, et nous avons vu le système changer semaines après semaines. Il semblerait qu’en été, le courant de Leeuwin, le principal courant de Western Australia, faiblit, permettant une remontée des eaux profondes riches en nutriments rejetés par les sources d’hydrocarbures. Ces nutriments stimulent les bactéries du genre Trichodesmium. Ces bactéries ont la caractéristique de pouvoir transformer l’azote atmosphérique en composés azotés utilisables par les phytoplanctons, eux-mêmes à la base du réseau trophique.

Une partie de l’idée est que les fuites d’hydrates de méthane autour desquelles vivent des crabes, des crustacés ou encore des crevettes attirent les calmars qui se nourrissent des ces organismes. Les calamars attirent ensuite les baleines à bec de Cuvier, qui sont de grands plongeurs et qui possèdent un système acoustique des plus développés. Ils arrivent à entendre les fuites de méthane où se trouvent leurs proies, les calamars. Arrivent enfin les orques, guettant les baleines à bec de Cuvier lorsqu’elles refont surface. Cependant, ces 2 derniers jours nous ne trouvions plus les orques, elles ne chassaient plus les baleines à bec de Cuvier, nous nous demandions où étaient-elles ? Nous avons eu la réponse aujourd’hui, avec l’arrivée des cachalots ! Il semblerait que les orques aient changé de stratégie alimentaire.

Les orques sont attirées par les petits cachalots mais également par les proies que le mâle cachalot remonte des profondeurs à environ 1200 mètres. En effet, les orques en surface écoutent le cachalot chasser grâce à l’écholocalisation. Lorsque le cachalot n’émet plus de sons, les orques savent qu’il remonte avec un de ces calamars géants d’environ 400 kgs. Les orques essayent ensuite de le lui voler, c’est un de leur coup classique qui est vraiment cool à observer ! On a pu l’observer en 2014 ainsi qu’aujourd’hui, ce qui est dingue !  C’est la raison pour laquelle on surnomme cet endroit le Jurassic Park aquatique !

Nous pouvons voir le système changer avec la saison, et lorsque le courant de Leeuwin se renforce en avril-mai, les orques quittent cet endroit. Et maintenant que nous avons un plus gros bateau, nous pouvons suivre la migration des cachalots, or personne n’a répertorié le nombre de cachalots depuis que leur chasse a été interdite en 1978, et c’est pourtant important. »

Le canyon de Bremer Bay est ainsi le théâtre d’une multitude de phénomènes physiques, chimiques et biologiques rendant la compréhension de ce qu’il s’y passe d’autant plus complexe : un cas d’Océanographie classique !

Bien qu’il reste encore beaucoup à découvrir, Dave participe par sa passion et sa curiosité, à faire connaître et à protéger ce formidable endroit.


— Script in English —

Situated at 60 kilometres offshore the little coastal town of Bremer Bay, Western Australia, the Bremer Canyon hosts every year between January and April an explosion of Life.

The filmmaker Dave Riggs is one of the first who discovered this amazing place but the reasons why this is happening are still unknown, even for him.

In order to continue the observations to maybe solve the mystery, Dave is working with the Bremer Bay Canyon Expedition which goes every day on a survey at sea, with sophisticated sound recording and filming gears. This last few years, almost 4000 tourists went onboard and witnessed the incredible marine life gathering. But what is attracting Killer Whales, Sperm Whales, Great White Sharks, Beaked Whales, Albatros, …

Dave gives us a few answers of what is happening in the Canyon.

First Observations

« I was contracted to work onboard for a Japanese founded Blue fin tuna expedition and I went on every year. It’s still going on now. I started on that in 2005, it was an 18-day survey between Esperance and Albany, BB is half way. One of the transect lines we were doing went near this location of Bremer, and I just notice more life there than usual, sometimes killer whale, sometimes birds, oceanic sunfish, different animals congregated in this location. 

A few years before I started on the tuna expedition, I was working with the CSIRO Animals and Ethics Division on their white shark satellite tagging program and we went to a location not far from here and there was a sperm whale stranding and other animals came ashore, lots of white sharks turned upend we managed to get a satellite tag on one of the animals, three months later the tag surfaced and ultimately we worked out to that animal was eaten by something, with an internal temperature of 27 degrees out here. »

A Mysterious Tag on a Great White Shark

« Exactly, and it showed that it recorder water temperature of like 27 Celsius degrees at 580 meters, which is ridiculous. It’s not real. So the scientists in Hobart who were looking at this summary of this information which was uploading by satellite decided that it was a faulty tag. After 7 days of drifting back this way and sending through this information, the battery went flat and the tag died. So they folded that away and that was the end of that. In order to get all of the information, you need to find the tag. 2 weeks later, a guy walking along the beach, the same beach we tagged the shark, found the tag. He sent it to the CSIRO in Hobart and the first thing they did was to notice that it was white. It has been in the Ocean in the back of a shark for 3 months, it should be covered in algae. It looked like it had been in stomach acid. They then plugged in to the computer and realized that the shark, after we tagged it, had swam up to Ningaloo Reef, up north, like a 1500 km north of Perth, 300 nautical miles out to sea to intercept the blue fin tuna migration. Back down the coast, it was eaten here, the thing that ate it swam out to the Great Australian Bight, excreted it and the tag then washed up on the same beach ! That’s true, that’s what happened ! Bizarre, it could have washed out anywhere, but same beach ! 4 nautical miles east from where we tagged it. »

The Threat of the Oil and Gas Industry

« Then I noticed the Oil and Gas Industry conducting a survey out there and I managed to get the results from the marine mammals observers data, they had 2 people on the boat looking on animals, and what they saw during the 44-day survey matched with what I saw out there, they were corroborated what I was saying, there were seeing animals in the same location. They I managed to get all of the seismic data and that showed there were indeed a commercial quantity oil and gas out there, and some of this oil and gas systems were leaking. And it seemed that this huge sleek (?) on the surface that we see periodically of Trichodesmium bacteria and Phytoplankton are actually getting there nutrients from this leaking hydrocarbons, so we thought ‘Hang on, if you drill a hole in this and depressurize this system you may cause the collapse of this entire south coast ecosystem. That’s what’s all about. So I was mentioning this fact to my contact who is in the Australian government and they was absolutely no traction. I thought the last effort to draw attention to this was to make a film about that, but how do I make a film ? »

Making a film and Running whale watching expeditions : Ways to Raise Awareness and protect this place

« So this couple stories together is this mystery of a shark who was eaten by a mysterious predator in this location and the film went crazy. We subsequently made another film for Discovery Channel 2 years ago and we’ve managed to get expedition happening on the back of these two films and now we have taken I think around three or four thousand people out to see this location and the Oil and Gas Industry have gone.

The different sorts of animals we see out there is just not limited to killer whales, it’s the whole system that we are looking at. Killer whales are the big ticket, the thing that people pay money for it to get on the boat. By taking people out to see the killer whales, they are effectively providing us with a platform to examine the whole ecosystem, and to try work out the system, how does this work, how are the oil and gas related to this system ? »

The Bremer Bay Canyon : A classic case of Oceanography

« We were doing over 100 days out there this year and we can see the system changes from week to week, it seems that the Leeuwin current weakens, which is our principle current in Western Australia during summer, flowing southward and it’s come around the south coast of WA and at this time of the year it weakens, allowing an upwelling to pick up all this nutrients generated by the hydrocarbon system and push it to the surface and when that happens, that basically stimulates Trichodesmium bacteria to flourish. It basically grabs nitrogen from the atmosphere and turns it into a form that phytoplankton can use and then Phytoplankton, which is at the base of the food web. The nutrients coming up, oil and gas which is been shown to be happening like methane.

The squids are attracted by this methane hydrate releases, this is a part of the idea because they are living with crabs, prawns and shrimps. So all sorts of things that squid eat. So the beaked whales are very acoustic, they are the most sensitive mammals, the most diving mammals as well. They are listening for the sound of methane leaking and that is what they target, that’s how they found the squid. The killer whales are at the top, looking for the beaked whale surfacing and now that’s just rolling on, we have missed the killer whales for the last couple of days and we were wondering why ? Why aren’t they in the hot spot anymore, where the beaked whales are ? And we noticed it today ! Sperm whales are turning up now, so it seems there is a shifting strategy, they have moved where they are. So we found them today. 

Killer whales are looking for the calves, but what they are also looking at is the bull sperm w hales, which come through first and it is diving into this deep blue waters, about 1200 meters somewhere and they the following day his herd comes through, the females and the calves. But what happens is, he dives down, he grabs a squid, the killer whales are listening to him, by echolocating, when he stops echolocating, they know he is coming to the surface with a giant squid, this thing are about 400 kg, they are huge. The killer whales then try to steal the squid from him. It’s classic, it is so cool to see ! We saw the aftermath of that today, which is crazy. We call it the aquatic Jurassic Park. 

You can see the season changing and then as the Leeuwin current starts to peak up, in April/May, the killer whales all step out of that So now we have got a much bigger boat, we are able to push in to this sperm whale migration and no one looks at the number of sperm Whales since whaling finished in 1978. This is pretty important. »

The Bremer Bay Canyon is a place where the Physics, the Chemistry and the Biology work together, making the comprehension of what is happening there harder : a classic Oceanographic case.

Although there is still a lot to discover, Dave continues to make it known and to protect it through his passion and his curiosity.

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