De Yellowstone aux Calanques …

… Bref itinéraire de l’évolution du concept de Parc National

Quand on entend parler de Parc National, on imagine volontiers des grands espaces de nature vierge au sein desquels on peut vagabonder tout en ayant le sentiment d’être seul au monde. C’est ce désir de conserver un espace de liberté et de nature dont tout le monde puisse profiter qui a conduit les États-Unis à créer la notion de « National Park » en 1872  à travers le parc de Yellowstone. Ce concept s’est ensuite propagé à travers les États-Unis, puis dans les anciens empires coloniaux comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou encore l’Afrique du Sud.

En France, les parcs nationaux ne sont pourtant pas apparus avant la deuxième moitié du XXème siècle, soit près d’un siècle après la création du concept de parc national. Qu’est-ce qui a bien pu provoquer ce retard ? Mais au fait, le terme « Parc National » cache-t-il un seul et même concept ? Aujourd’hui, bien que ce concept soit présent dans le monde entier, il n’a pas la même vocation en fonction du pays et de son histoire.  

En effet, le sens originel américain d’un parc national correspond à une vision de colons européens intrinsèquement liée à la colonisation du continent nord-américain. Le but principal de ces premiers parcs était de sauvegarder les paysages non pas tels qu’ils étaient avant l’arrivée des colons, mais plutôt de garantir un espace « naturel » au sein duquel les néo-américains pouvaient ressentir un sentiment d’aventurier-explorateur, comme s’ils étaient les premiers Hommes à fouler ces espaces. Cette vision est pourtant largement critiquable. En effet, dans leur processus de protection de l’espace et à l’image de la politique de l’époque, les populations natives sont tout bonnement exclues de ces territoires, comme si elles n’avaient jamais pris part à l’élaboration et aux transformations des paysages. Contraire aux idées reçues pour lesquelles un parc national est un endroit sauvage et vierge, ce regard critique sur l’origine des parcs nationaux permet de se rendre compte que ce concept reste subjectif et anthropocentrique : les espaces vierges de toute humanité n’existent pas (ou très très peu).

C’est en Europe que la notion de parc national commence à changer de celle des anciennes colonies. En effet, les grands espaces se font beaucoup plus rares, et le déplacement de populations locales n’est pas acceptable. Cependant comme l’idée de la sauvegarde du patrimoine naturel grandit, un nouveau concept émerge ainsi de ces contraintes : la gestion intégrée des activités humaines. En France, ça n’est qu’à partir de l’année 1960 que les parcs nationaux entrent dans la loi en tant qu’outil de protection de la nature. Malgré cet apparent retard, c’est un véritable modèle de parc national « à la française »  qui voit le jour : un parc se veut comme un espace sur lequel est menée une politique exemplaire de protection et de gestion de ses valeurs naturelles, culturelles et d’éducation à la nature.

La Parc National des Calanques : un exemple de parc « à la française »

Pour illustrer ce concept de parc national à la française, celui des Calanques entre Marseille et La Ciotat est un parfait exemple. Dernier né et dixième parc national français, il est créé en 2012 après plus de 12 ans de concertation. Il a pour principaux buts de protéger les patrimoines naturels et paysagers mais également culturels : on retrouve ainsi des traces de l’activité humaine distantes de plusieurs millénaires. En effet, entre les peintures rupestres de la grotte Cosquer et les blockhaus du cap croisette en passant par les vestiges du pastoralisme provençal, ce parc national se veut comme un musée naturel et culturel. Étant à la fois terrestre, marin et urbain, ce parc national ne peut pas ignorer que son attractivité participe à l’évolution des paysages. Comment gérer ainsi les quelques 2 millions de visiteurs par an ?

La réponse n’est pas simple surtout quand on ambitionne de concilier les différents usages. Loin de l’image de réserve dans laquelle la majorité des activités humaines sont interdites, l’accent est mis sur l’encouragement aux pratiques douces comme la randonnée ou la plongée. Cependant, la majorité des usages restent difficilement conciliables, par exemple, comment gérer en mer la protection des espèces avec la plaisance, la plongée, les pêches artisanales et de loisir et la baignade ? À terre, s’ajoute également l’épineux problème de la propriété foncière. En effet, le parc n’est propriétaire d’aucun terrain, il n’en est que le gestionnaire. Ces interactions sont sources de conflits et l’établissement du parc national doit intervenir en tant que médiateur.  Malgré toutes ces difficultés, c’est un énorme challenge que ce parc ambitionne de relever : concilier activités humaines et protection de l’Environnement.

Bien que la protection d’espaces quasiment vierges d’activités humaines reste nécessaire et urgent, la création de parcs nationaux de nouvelles générations comme celui du Parc National des Calanques est également cruciale. En effet, ils se veulent comme des outils de sensibilisation à la protection de l’Environnement, se rapprochant de nous et de nos activités. Ces nouveaux parcs montrent la volonté de ne plus protéger la Nature de loin, mais bien d’y participer activement, en intégrant les activités humaines dans leur environnement.

Pour aller plus loin : http://www.parcsnationaux.fr/fr/des-decouvertes/les-parcs-nationaux-de-france/lhistoire-des-parcs-nationaux-de-france

Avec notamment un article complet sur l’évolution du concept de parc national en France (à télécharger en bas de page)

François lors de sa mission comme écogarde pour le Parc National des Calanques durant l’été 2018. Photo – Valentin Teillard

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