L’Écologie des Aliens

Aliens et Écologie ? Oui, vous avez bien lu, l’Écologie des Aliens est un sujet central en Écologie théorique et appliquée. Cette problématique dépasse également largement le cadre de la recherche puisqu’elle influence directement notre vie quotidienne.

Ok, avant de poursuivre, je dois juste vous donner une petite précision : le terme d’espèce «Alien », de l’anglais Alien Species, correspond au concept d’espèces invasives. Bien que cette problématique soit relativement connue du grand public, il n’en reste pas moins des confusions et un manque d’informations autour de sa définition et des enjeux qui y sont liés. Le but de cet article est justement d’apporter quelques lumières sur le sujet.

Écologie et Aliens ?

Tout d’abord, une espèce invasive est une espèce qui a été introduite par l’Homme dans un milieu où elle n’existait préalablement pas. À ce stade, on parle uniquement d’espèces introduites. Bien qu’elles véhiculent une image négative, les espèces introduites ont joué et jouent toujours un rôle central dans le développement de l’Humanité. Pour vous en convaincre, pensez simplement à ce que vous allez vous faire à manger. Une petite fricassée de pommes de terre accompagnée de juteuses tomates vous met l’eau à la bouche ? Et bien si vous viviez au Moyen-Âge en Europe, vous n’auriez même pas eu l’idée de l’existence de ces produits …

Les espèces introduites ne sont donc pas à diaboliser systématiquement, cependant, il arrive qu’une partie de ces espèces introduites, naturalisées à leur nouveau milieu, prolifèrent, et ce, au détriment des espèces locales. On parle ainsi d’espèces invasives lorsque leurs proliférations entraînent des problèmes écologiques, économiques, voire même de santé publique. Ces problèmes sont d’ailleurs dans la plupart des cas liés.

L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN), qui fait autorité au niveau mondial sur l’état de la nature et des ressources, considère notamment que l’introduction d’espèces est un des principaux facteurs entraînant l’érosion de la biodiversité avec, entre autre, la surexploitation des ressources et l’urbanisation galopante. Si bien que les introductions d’espèces sont considérées comme l’un des problèmes environnementaux majeurs du XXIe siècle. Quand on vous dit que c’est du sérieux !

Mais au fait, une espèce de plus dans un écosystème, ça ne serait pas une bonne chose au final ? N’est-ce pas bon pour cette fameuse « Biodiversité » dont tout le monde parle ? La réponse est bien évidemment négative, et il faut regarder longtemps en arrière pour comprendre pourquoi. Ce que les scientifiques appellent la biodiversité ne constitue pas seulement le nombre d’espèces dans un écosystème, le terme est bien plus large et regroupe la diversité de gènes, la diversité de fonctions des espèces (dite fonctionnelle) mais également la diversité des paysages ou encore des écosystèmes entre les différentes régions du monde. Cette incroyable diversité est en réalité issue du long processus d’essai-erreur-essai-réussite qu’impose la sélection naturelle à chaque instant et en tout lieu du globe. Si l’on ajoute à ça les barrières géographiques, on obtient ce cocktail de systèmes écologiques « évolutivement » différents que l’on observe autour du globe. L’introduction d’espèces participe cependant à une ré-homogénéisation planétaire des écosystèmes. On considère ainsi que ce phénomène va à l’encontre du processus de sélection naturelle, comme si la Terre n’avait plus de barrières, constituant une sorte de nouvelle Super-Pangée (super continent). Les perdants de cette vaste réorganisation planétaire risquent d’être les mêmes que ceux qui l’ont provoquée : Nous, bons Homo sapiens.

Quel est l’intérêt de la diversité d’écosystèmes alors ? Cette question mérite un article entier, mais dans les grandes lignes, notre espèce tire de nombreux avantages – notre survie en fait – de cette diversité. D’un point de vue anthropocentrique, moins de diversité signifie moins de possibilités pour nous de trouver des solutions préexistantes dans la nature à nos problèmes. Pensez aux plantes médicinales par exemple.

Une fois le constat posé, quelles sont les solutions face à ce problème ? La réponse à y apporter se joue comme souvent sur deux plans : les plans individuels et collectifs. De nombreuses invasions ont commencé par l’introduction de quelques individus d’espèces dans un but de production et d’exploitation ou tout simplement parce qu’elles semblaient mignonnes. D’un point de vue individuel, il peut être bon de se demander pourquoi planter une espèce exotique originale dans votre jardin plutôt qu’une espèce locale, a priori moins sexy, mais Oh combien Badass quand on prend en compte son histoire évolutive.

La réponse la plus importante se situe cependant au niveau global. En effet l’augmentation des échanges commerciaux entre les pays a été, et est toujours le vecteur principal de l’introduction des espèces. Certains pays ont bien compris l’intérêt de se prémunir contre de telles introductions. Car dans le milieu, mieux vaut prévenir que guérir : une fois introduite, une espèce est très difficilement, voire carrément impossible à éradiquer. Seule reste l’option du contrôle ou du confinement de ces espèces. Il n’existe que très très peu de cas d’éradication totale. Des pays comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ont adopté des mesures très strictes pour la prévention, car ils ont fait l’amère expérience des espèces invasives. Une simple soustraction entre les coûts engendrés et les profits dégagés les ont poussés à investir dans la prévention. Malheureusement il semble que la France n’ait pas encore accès à cette opération mathématique. À cause de sa politique particulièrement laxiste, 48% des organismes pluricellulaires photosynthétiques marins (allez-y, vous pouvez vulgariser ça par le mot fourre-tout d’« algues ») introduits en Europe, ont été introduits d’abord en France avant de gagner d’autres pays. Mieux vaut prévenir que guérir on a dit …

Cette problématique est d’autant plus épineuse que l’on ne sait a priori pas si une espèce non-indigène que l’on introduit peut devenir invasive. C’est d’ailleurs un champ d’étude particulièrement large en Écologie, la science, pas le mouvement politique. Est-ce les caractéristiques propres d’une espèce qui peuvent la rendre invasive ? En quelle mesure l’écosystème d’arrivée de l’espèce introduite joue-t-il sur son succès d’établissement ? L’histoire évolutive de l’écosystème de départ doit-elle être prise en compte ? Autant de questions qui en amènent d’autres, et en l’absence de lois éprouvées en Écologie, les chercheurs sont dans l’incapacité d’y apporter une réponse.

En attendant d’y voir plus clair, la prudence est requise donc, si l’on ne veut pas anéantir l’extraordinaire diversité de la vie. En poussant la réflexion un peu loin, ce remue-ménage planétaire pourrait bien rendre des régions entières similaires bien que très éloignées. À quoi bon voyager au Japon si on peut y observer les mêmes paysages en France ? Pour les plus blasés, il ne resterait plus qu’un voyage dans l’Espace pour voir de la diversité. Quand on parle d’Aliens

François.

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Biblio

Si le sujet a piqué votre intérêt, et que vous voulez en savoir plus, ou avoir des exemples et des chiffres, le cours du Professeur Boudouresque est gratuitement disponible sur son site web :

BOUDOURESQUE C.F., 2017. Les invasions et transferts biologiques, avec une attention spéciale au milieu marin. Troisième édition. GIS Posidonie publ., Marseille : 340 p.

Disponible ici :

http://www.mio.univ-amu.fr/~boudouresque/Documents_enseignement/Especes_introduites_2012_pdf.pdf

Mes anciens collègues de Master diront sûrement que je fayotte un peu, mais tant pis, le document en vaut vraiment la peine.

  

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