La Désobéissance civile

Depuis le début de cette Newsletter, l’équipe vous a souvent parlé de mouvements se rebellant contre les système occidentaux qui détruisent notre chère et tendre planète bleue. On vous a notamment parlé d’extinction-rébellion et Science for Future mais ces mouvements sont nombreux, et chez les vagues à bonds cela nous tient à cœur de vous en parler. La désobéissance civile, c’est une façon non violente de se rebeller contre le système et contre les lois qui le régissent, pour essayer de changer les choses. Mohandas Gandhi et Martin Luther King furent les pionniers à démocratiser ce mouvement (-ou droit-), et en restent encore aujourd’hui deux grandes figures phares. Mais le terme désobéissance civile s’est démocratisé au milieu du XIX° siècle aux Etats-Unis dans un essai publié par Henry David Thoreau. Ce dernier avait alors décidé de protester en refusant de payer un impôt visant à soutenir le gouvernement américain dans une guerre pour la conquête du Mexique. Son acte de rébellion lui aura valu un court séjour en prison où il écrira par la suite son essai “La désobéissance civile” (1849).

“Ce n’est pas désirable de cultiver le respect de la loi, autant que pour le droit. La seule obligation que j’ai le droit d’assumer est de faire ce que je pense de vrai… La loi n’a jamais rendu les hommes un peu plus justes et, grâce à leur respect, même les plus disposés sont les agents de l’injustice ». 

Civil Disobedience, Henry David Thoreau

Depuis, d’autres mouvements marquants ont été lancés comme les actions de José Bové avec les McDonald’s pour protester contre les OGM ou encore Act Up qui recouvrait les grands monuments avec un préservatif, et ce n’est pas fini. On peut aussi citer l’association 350.org qui fait partie des grandes organisations mondiales qui se rebellent en organisant des actions non violentes de blocage d’exploitations de combustibles fossiles. Les actions se multiplient où les militants envahissent de manière pacifiste des exploitations minières ou les voies ferroviaires de ces exploitations. La désobéissance civile c’est maintenant. On en entend de plus en parler à mesure que la colère monte et il existe de nos jours des ateliers pour se former à la désobéissance civile non violente, afin d’éviter les accidents dans les manifestations et ne pas décrédibiliser les causes. 

– Anna – Étant en Australie en ce moment j’ai pu suivre quelques mouvements ayant fait du bruit sur le continent, comme Fight for the Bight, où de nombreux citoyens se sont réunis en simultané dans plusieurs parties de l’Australie du Sud, pour protester contre le projet de pipeline dans le Great Australian bight (l’océan Austral sur la côte sud de l’Australie). Des milliers de militants se sont réunis sur différentes plages et se sont mis à l’eau, afin de protester contre le projet de construction sous marine d’un des derniers endroits non exploités d’Australie. Ces mouvements de désobéissances ont réussi à intéresser le public australiens, et des milliers de citoyens ont signé la pétition visant à arrêter le projet. À la suite de ces mouvements, qui continuent, les investisseurs se seraient retiré du projet et la société Equinor (meneuse du projet) n’a eu d’autre choix que de retarder le lancement ! Le combat continue.

– Jenna – Un fait récent a fait remonter des questions juridiques quant à la notion de désobéissance. Vous avez sûrement entendu parler de l’affaire Carola Rackete ? Carola est une capitaine de navire et activiste allemande. En juin dernier, elle a forcé le blocus italien aux commandes du navire humanitaire Sea-Watch 3. Elle est alors arrêtée et poursuivie en justice par le gouvernement italien pour « aide à l’immigration clandestine ». Carola a travaillé pendant 2 ans pour le navire scientifique de l’institut polaire Alfred Wegener, ce qui a suscité beaucoup de réactions au laboratoire (dans lequel je travaille). Bien sûr un appel aux dons et à l’offensive a été demandé par tous les employés du laboratoire pour aider Carola et surtout soutenir son action. En revanche, certaines personnes se sont opposées à ce mouvement qu’elles ont qualifié de désobéissance civile et inacceptable pour un laboratoire de recherche, car faisant appel à la “révolte” – de même que de soutenir Friday For Future -. Être dans une institution publique est-ce réellement une raison pour ne pas prendre parti ?  Peut-être en tant qu’organisation, mais en tant qu’individus libres, reste à chacun de s’engager. 

Un peu plus haut dans l’article on parlait de “mouvement”, mais est-ce vraiment le cas ? La désobéissance civile peut-elle être un droit ? Où est la frontière entre légalité et légitimité

Dans l’hebdomadaire « Politis » du 18 novembre 2010, Stéphane Hessel citait :  « Je souligne toujours l’écart entre légalité et légitimité. Je considère la légitimité des valeurs plus importante que la légalité d’un État. Nous avons le devoir de mettre en cause, en tant que citoyens, la légalité d’un gouvernement. Nous devons être respectueux de la démocratie, mais quand quelque chose nous apparaît non légitime, même si c’est légal, il nous appartient de protester, de nous indigner et de désobéir. » 

Pour clore cet article, il y a une phrase de Greta Thunberg lors de son manifeste à l’Assemblée nationale pour débattre de l’urgence climatique, qui est particulièrement pertinente : “Et je suis d’accord avec vous, je suis trop jeune pour faire ça. Nous, les enfants, ne devrions pas avoir à faire ça. Mais comme pratiquement personne ne fait quoi que ce soit, et  que notre avenir est en danger, nous avons la conviction que nous devons continuer à le faire.” Si vous voulez voir quelque chose changer, n’attendez pas mais faites-le. 
À partir du moment où l’on se bat pour nos principes, libre à chacun de définir ses propres limites et où se situe la désobéissance. Et comme disait notre bon vieux Einstein : ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d’agir, à méditer…

 

MLK Jr. pendant une protestation non violente.  Source : https://medium.com

Pour en savoir plus / Bibliographie :

“En France, si les actions de désobéissance civile sont souvent décriées, marginalisées ou même ridiculisées par une vague de jugements hâtifs, elles ont le mérite d’exister. La petite graine que Thoreau a planté en chacun de nous semble survivre et même croître. Peut-être est-ce la résultante de décennies de désillusions politiques, toujours est-il que cette idée semble faire son chemin. Nuit Debout en aura été la preuve, bien sûr, mais pas seulement. Qu’elles aboutissent ou non, des actions se mettent en place, partout, et nous permettent de comprendre que les problèmes de notre monde semblent se limiter à une seule chose : notre obéissance civile.” Mr Mondialisation

Data Gueule : https://www.youtube.com/watch?v=QTZJ3t-XA8c 

Civil DisobedienceHenry David Thoreau1849

Indignez-vous ! – Stephane Hessel –  2010

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