Écho de l’estran : Pêche à pied de loisir, état des lieux d’une pratique en pleine évolution.

La pêche à pied est une activité ancestrale. Nos aïeux la pratiquaient pour survivre et compléter leur régime alimentaire de quelques protéines glanées sur l’estran. Des coquillages, crustacés et autres poissons prisonniers des flaques dont les saveurs iodées ravissaient, sans doute, leurs papilles.

Le CPIE Marennes-Oléron (Association IODDE) sur le terrain.

L’estran, ce milieu singulier entre terre et mer, abrite et découvre chaque jour une myriade d’espèces largement convoitées. Aujourd’hui encore, la pêche à pied s’y pratique de manière intensive sur les côtes qui s’y prêtent, autour du monde. D’abord un moyen de survie, elle s’est peu à peu transformée en un loisir, voire un métier pour certains (en témoigne l’émergence de la conchyliculture dès le 1er siècle avant J-C).

En France, de nos jours, plus de 2 millions de personnesi la pratiquent à titre récréatif. Parmi ces derniers, les profils de pêcheurs sont évidemment très variés. Pêcheurs et pêcheuses aguerris, capables de débusquer le moindre coquillage en repérant simplement une marque laissée sur la vase ou d’attraper à mains nues le crabe retranché sous les rochers, côtoient des profils moins expérimentés. D’ailleurs, qui n’a jamais fouillé le sable ou scruté les rochers à la recherche de coquillages ou de crevettes étant enfant ?

Bien que la pêche à pied soit inscrite durablement dans notre culture et nos mémoires, cette pratique a ainsi profondément évolué. Par exemple, l’engouement pour le littoral a attiré un nouveau public, plus estival et familial, s’adonnant à ce loisir. C’est ce qui a motivé quelques structures et associations à l’étudier davantage. Qui sont les pêcheurs d’aujourd’hui ? Quels pressions exercent-ils sur ce milieu fragile et sur les ressources ? Quelle gouvernance et réglementations (tailles de capture, quotas autorisés, périodes et outils de pêche réglementés…) l’encadrent sur nos différents littoraux ? Quelles pratiques peuvent-être améliorées pour préserver ce loisir et l’environnement ?

C’est le travail que mène entre entres le CPIE Marennes-Oléron (Association IODDE) sur l’Ile d’Oléron depuis 2004. L’étude de cette pratique s’est réalisée par des actions de diagnostic sur le terrain où les pêcheurs à pied étaient dénombrés et enquêtés durant leur marée de pêche. En parallèle, les comportements de ces derniers étaient observés, tout comme la santé des habitats (platiers rocheux, champs de blocs, vasières, estrans sableux…) afin d’évaluer la pression et ses effets.

Plusieurs autres associations, collectivités et organismes de recherche se sont joints à la démarche et constituent aujourd’hui un réseau de près de 400 structures en France veillant à une pratique respectueuse et durable. C’est le Réseau Littorea pour une pêche à pied récréative durableii . Chaque année depuis 2012, ce vaste réseau se mobilise pour réaliser de manière conjointe un comptage collectif national des pêcheurs à pied récréatifs lors d’une grande marée estivale, généralement en août. Le but ? Estimer la pression de pêche lors de ces grandes marées, mais aussi sensibiliser et communiquer sur l’importance sociale et économique de la pratique.

Réseau Littorea : pour une pêche à pied récréative durable.

Ces grandes marées estivales sont aussi l’occasion de diffuser les informations concernant les réglementations et les bonnes pratiques pour préserver les milieux. Des centaines de bénévoles et salariés des structures du réseau se rendent alors sur les sites de pêche référencés et y comptent les pêcheurs méthodiquement à marée basse. En 2017 par exemple, plus de 40 000 pêcheurs ont été dénombrés sur la seule marée du 22 et 23 août pour l’ensemble du littoral métropolitain suivi, soit près de 450 sites de pêche ! Depuis, cette opération est reconduite chaque année. Elle nécessite une organisation importante à l’échelle locale.

Une structure référente, telle que le CPIE Marennes-Oléroniii , mobilise ses salariés et bénévoles en attribuant un site ou plusieurs à chacun avant de recueillir les données et les analyser. Sur l’Ile d’Oléron en 2019, plus de 3000 pêcheurs à pied ont été comptés sur la grande marée du 02 août ! On estime que la récolte moyenne d’un pêcheur à pied approche 1,5 kg. Bien que cela dépende beaucoup du profil de pêcheur (aguerri ou débutant en découverte), et des espèces recherchées (on pêche plus facilement des huîtres que des crevettes ou des homards…), l’importance des prélèvements au cours d’une grande marée apparait évidente !

C’est pourquoi ces actions doivent s’accompagner d’une sensibilisation et d’une communication adaptées afin que la pratique reste durable. C’est le rôle des médiateurs de l’estran ! Leur présence régulière sur les estrans permet d’améliorer les pratiques et la connaissance des réglementations locales. Cette action pédagogique a déjà porté ses fruits et est accueillie à bras ouverts par les pêcheurs expérimentés comme par les débutants !

L’objectif de ce travail : permettre à ce loisir de perdurer. Car, au-delà de certains effets négatifs, il apporte aussi des bienfaits, ne serait-ce que pour l’économie des littoraux, mais également et surtout pour offrir à un large public des moments en pleine nature : un attachement vertueux à la qualité des milieux.

Nathan Ropers (CPIE Marennes-Oléron), 2019 / Crédits photographiques : CPIE Marennes-Oléron

i France Agrimer, BVA ; 2018. Etude sur l’évaluation de l’activité de pêche de loisir en France métropolitaine (dont la Corse)

ii Retrouvez toutes les informations du Réseau Littorea, la lettre d’information (l’Echo du bigorneau) et les études du projet Life Pêche à pied (2013-2017) sur le site : http://www.pecheapied-loisir.fr/

iii Découvrez le CPIE Marennes-Oléron (Association IODDE) et ses projets sur http://www.iodde.org/ ou suivez son actualité sur la page facebook https://www.facebook.com/cpiemarennesoleron

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